Au bar t'abats

Au bar t'abats


Les personnages

  • Manuel Letourneur. Anarchiste, il oscille entre le salon de coiffure de Nelly, les hôtels, les pensions… Il essaie de restaurer un vieux Romano. Amateur de bière, il déteste le vin.
  • Nelly. Coiffeuse, dont la couleur favorite est le rose. Compagne de Manu.
  • Raoul. Patron du bar restaurant «La Part des Anges ».
  • Carmen. Femme de Raoul.
  • Rosa. Serveuse.
  • Léon. Le chien du propriétaire du restaurant.
  • Sardbroux. Membre des Renseignements généraux. Ennemi intime de Manuel, bien qu’il lui rende quelques services à l’occasion. Son nom correspond à Broussard en verlan, clin d’œil au célèbre Commissaire Robert Broussard.


Auteurs René Neyret
Année 2019


Chapitre 1 – Simone et Marcel Deville

Marcel Deville est un homme d’habitudes.
Été comme hiver, depuis 30 ans, il se lève quand sonnent six heures au clocher de l’église Sainte Thérèse de Châtenay-Malabry.
« Il me semble que le père Hoang n’est pas passé cette semaine. Sympa ce curé, plutôt jeans que soutane noire et surtout amateur de bon vin. J’espère qu’il n’est pas malade, » se dit-il.
Après avoir apporté le petit déjeuner à Simone, sa femme, il ouvre le bar-tabac-PMU-Plat du jour Les Acacias à 6 heures et demie.
Arrivent d’abord les travailleurs manuels, ouvriers et artisans au double express parfois avec un fond de calva, puis les cadres joggers aux oranges pressées, Perrier rondelle et tartines beurrées – après l’effort le réconfort – et les parentes d’élèves au capuccino avec croissant, et enfin, parfois, une des amazones brésiliennes du bois de Verrières qui s’offre une menthe à l’eau sur le chemin de son terrain de chasse.
Les habitués, chômeurs, retraités, et autres fainéants arrivent en rangs serrés pour l’apéro, qui raisonnablement commence à 10 heures 30.
Marcel connaît bien son monde : une gentiane pour le natif d’Aurillac, un 51 pour le supporter de l’OM, un whisky pour le docteur qui part en tournée, une anisette « comme là-bas » pour Monsieur Ramirez et un coca light pour la petite coiffeuse d’à côté.
Vient alors le moment de préparer la salle pour le déjeuner. Marcel s’y emploie avec Rosa la nouvelle serveuse encore à l’essai. Simone est aux fourneaux, secondée par un jeune pakistanais qu’on appelle par facilité l’Indien. On fait simple et roboratif aux Acacias. Aujourd’hui, le plat du jour, c’est paupiettes de veau et clafoutis aux cerises qui feront un tabac.
Marcel a concocté une carte de vins bio qu’il a intitulée, il en rit encore, « Chais et rasades ». Élevé au Beaujolais par ses parents originaires de Juliénas, il s’est peu à peu éloigné du terroir natal pour apprécier des pinards improbables, fabriqués en respect du sol et du raisin, par des illuminés qu’il va rencontrer dans les foires aux vins ou dans leurs garages lors de ses expéditions estivales.
Peu à peu, non par chauvinisme mais par souci d’être complet, il a engrangé dans sa cave et inscrit sur sa carte tout ce que la France produit de meilleur, en biodynamique sans sulfites, sur le fruit, et pas malade le lendemain. Ceci lui vaut une notoriété au-delà du périphérique auprès de connaisseurs qui en profitent pour déguster la tambouille de Madame et la féliciter.
Après les agapes, Marcel aide à remettre la salle en place pour l’après-midi et s’octroie une demi-heure de sieste. La routine reprend avec la clientèle de passage : un café, des clopes, un ticket de PMU. L’heure de l’apéro sonne à 18 h 30 avec les mêmes et aussi les employés des bureaux alentour qui profitent de « l’heure heureuse » avant de rejoindre bobonne et les moutards.
On s’égaie à l’heure du journal télévisé et Marcel tire le rideau à 20 h 30 pour rejoindre Simone dans leur appartement au-dessus. Un repas frugal devant la télé et dodo car demain on embauche à l’aube.
Il n’y aura pas de lendemain pour Marcel car dans la nuit il meurt, assassiné.


Au bar t'abats

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Les personnages

  • Manuel Letourneur. Anarchiste, il oscille entre le salon de coiffure de Nelly, les hôtels, les pensions… Il essaie de restaurer un vieux Romano. Amateur de bière, il déteste le vin.
  • Nelly. Coiffeuse, dont la couleur favorite est le rose. Compagne de Manu.
  • Raoul. Patron du bar restaurant «La Part des Anges ».
  • Carmen. Femme de Raoul.
  • Rosa. Serveuse.
  • Léon. Le chien du propriétaire du restaurant.
  • Sardbroux. Membre des Renseignements généraux. Ennemi intime de Manuel, bien qu’il lui rende quelques services à l’occasion. Son nom correspond à Broussard en verlan, clin d’œil au célèbre Commissaire Robert Broussard.


Auteurs René Neyret
Année 2019


Chapitre 1 – Simone et Marcel Deville

Marcel Deville est un homme d’habitudes.

Été comme hiver, depuis 30 ans, il se lève quand sonnent six heures au clocher de l’église Sainte Thérèse de Châtenay-Malabry.

« Il me semble que le père Hoang n’est pas passé cette semaine. Sympa ce curé, plutôt jeans que soutane noire et surtout amateur de bon vin. J’espère qu’il n’est pas malade, » se dit-il.

Après avoir apporté le petit déjeuner à Simone, sa femme, il ouvre le bar-tabac-PMU-Plat du jour Les Acacias à 6 heures et demie.

Arrivent d’abord les travailleurs manuels, ouvriers et artisans au double express parfois avec un fond de calva, puis les cadres joggers aux oranges pressées, Perrier rondelle et tartines beurrées – après l’effort le réconfort – et les parentes d’élèves au capuccino avec croissant, et enfin, parfois, une des amazones brésiliennes du bois de Verrières qui s’offre une menthe à l’eau sur le chemin de son terrain de chasse.

Les habitués, chômeurs, retraités, et autres fainéants arrivent en rangs serrés pour l’apéro, qui raisonnablement commence à 10 heures 30.

Marcel connaît bien son monde : une gentiane pour le natif d’Aurillac, un 51 pour le supporter de l’OM, un whisky pour le docteur qui part en tournée, une anisette « comme là-bas » pour Monsieur Ramirez et un coca light pour la petite coiffeuse d’à côté.

Vient alors le moment de préparer la salle pour le déjeuner. Marcel s’y emploie avec Rosa la nouvelle serveuse encore à l’essai. Simone est aux fourneaux, secondée par un jeune pakistanais qu’on appelle par facilité l’Indien. On fait simple et roboratif aux Acacias. Aujourd’hui, le plat du jour, c’est paupiettes de veau et clafoutis aux cerises qui feront un tabac.

Marcel a concocté une carte de vins bio qu’il a intitulée, il en rit encore, « Chais et rasades ». Élevé au Beaujolais par ses parents originaires de Juliénas, il s’est peu à peu éloigné du terroir natal pour apprécier des pinards improbables, fabriqués en respect du sol et du raisin, par des illuminés qu’il va rencontrer dans les foires aux vins ou dans leurs garages lors de ses expéditions estivales.

Peu à peu, non par chauvinisme mais par souci d’être complet, il a engrangé dans sa cave et inscrit sur sa carte tout ce que la France produit de meilleur, en biodynamique sans sulfites, sur le fruit, et pas malade le lendemain. Ceci lui vaut une notoriété au-delà du périphérique auprès de connaisseurs qui en profitent pour déguster la tambouille de Madame et la féliciter.

Après les agapes, Marcel aide à remettre la salle en place pour l’après-midi et s’octroie une demi-heure de sieste. La routine reprend avec la clientèle de passage : un café, des clopes, un ticket de PMU. L’heure de l’apéro sonne à 18 h 30 avec les mêmes et aussi les employés des bureaux alentour qui profitent de « l’heure heureuse » avant de rejoindre bobonne et les moutards.

On s’égaie à l’heure du journal télévisé et Marcel tire le rideau à 20 h 30 pour rejoindre Simone dans leur appartement au-dessus. Un repas frugal devant la télé et dodo car demain on embauche à l’aube.

Il n’y aura pas de lendemain pour Marcel car dans la nuit il meurt, assassiné.


Ligne de mort

Ligne de mort


La vie se déroule paisiblement au South-Ballash Ranch en ce début de juin ensoleillé.

Les bisons d’Amérique broutent dans leur pré. Le mégalomane texan Preston, propriétaire du ranch et d’une franchise NBA, transpire sur son demi-terrain de basket. Sa somptueuse épouse, ex escort-girl, peaufine son bronzage au bord de la piscine. Les zadistes campent au portail en fumant des joints et… Jack fait ce pour quoi il est payé : accompagner ses élèves au bord des ruisseaux.

Une légère brise agite les feuilles des chênes verts. Quelques touches colorées de lauriers roses et de pistachiers et la senteur du thym parachèvent ce tableau idyllique. Les cigales mâles cymbalisent pour draguer les femelles.

L’eau chute du haut de la Cascade du Saut de la Pucelle, puis s’écoule en glougloutant au milieu des rochers. Quelques truites ondulent paresseusement au fond du bassin. Des nuées d’éphémères et de libellules vibrionnent dans l’air sec et chaud.

Un vrai coin de paradis. Va-t-il le rester ?


Année 2019
Editeur Non définitif
Avec Bruno Ceccarelli


Chapitre 1 – Preston

Ce jour-là, lorsque je mis les pieds dans l’eau, elle était glacée. À une quinzaine de mètres en amont, la truite se nourrissait régulièrement d’éphémères. Mon premier lancer déposa le leurre à proximité de ma cible. La fario – je la reconnus à son dos vert olive et ses taches noires et rouges – monta lentement, goba avec grâce et délicatesse la minuscule mouche et disparut dans le courant. Je donnai du mou, alors qu’elle faisait demi-tour – technique habituelle des truites éduquées – et me fonçait dessus. Au moment où j’allai rembobiner ma soie, le vibreur de mon portable me titilla la cuisse droite. Mon cerveau reptilien réagit immédiatement : droite égale boss, égale urgence. Je disposai de deux téléphones, un perso pour mes communications privées, un second dédié à mon patron, Preston. La milliseconde accordée au vibreur me fit perdre la truite. Je retirai l’appareil de ma poche, appuyai sur la touche OK, n’eus pas le temps de l’approcher de mon oreille.

– Où t’es putain ?

– Tu viens de me faire rater une magnifique…

– M’en fous, t’es pas payé pour faire joujou avec les poiscailles, rapplique illico, y’a urgence.

J’allais répondre, mais il avait déjà raccroché.

Je regagnai mon quad, remplaçai ma tenue de pêche par un jeans et une paire de tennis, rangeai mon matériel dans le coffre, pris le temps de prélever et vider une des Bud qui séjournaient à demeure dans la glacière. Puis, sous un ciel bleu azur où flottaient quelques nuages d’altitude, je fonçai vers le ranch de Preston.

Je suis depuis cinq ans le responsable de ses ruisseaux et son guide de pêche. Entretien d’embauche au téléphone :

–     Ici Preston Ballash, vous êtes Jack Saby ?
–     Exact monsieur.
–     Rendez-vous demain à mon ranch, mon hélico vous prendra à huit heures à l’aéroport.
–     Je ne suis pas disponible demain.
–    Mon personnel est toujours disponible.
–    Désolé, je ne fais pas partie de votre personnel.
–    Tu l’es déjà.

Clic

C’est ainsi que fasciné par l’aplomb, le français impeccable et le tutoiement du bonhomme et étant à l’époque sans emploi après ma révocation du RAID, je suis devenu à 40 ans, Jack, un des garçons de son staff, comme il nous nomme.


Dans la peau d'Emile

Dans la peau d'Emile
Récit d'une vie en Forez


1 – Prologue

Au moment de pousser le portillon de la cour, je me demandai soudain ce que je faisais là.

J’étais passé devant sa ferme depuis des années sans m’arrêter. Aujourd’hui, par un vilain temps brouillasseux de novembre, je décidai, pour je ne sais quelle raison, de revoir ce très ancien camarade de classe. Était-il toujours là ?


Année 2013


Pour accéder au bâtiment on devait traverser une cour parsemée de plaques d’herbe humide, de flaques boueuses et de gravier. Quelques poules au cou bizarrement nu et un superbe coq y picoraient.

Maison d’un étage en bon état malgré un crépi grisâtre et fendillé, façade classique, des fenêtres de part et d’autre de deux portes. Plusieurs granges sur la droite, toutes verrouillées, sauf une dont les portes grandes ouvertes laissaient voir une petite voiture blanche. Je pataugeai dans la gadoue, hésitai un instant devant une porte vitrée, frappai le moins fort possible, attendis ce qui me sembla une éternité, la bruine dégoulinant de mon chapeau. Comme personne ne se manifestait, je poussai le vantail et pénétrai dans un couloir sombre et glacial. Guidé par des voix, je découvris trois hommes assis autour d’une table. Un gros, costaud, trônait au milieu des deux autres plus fluets, l’un deux était coiffé d’une casquette.

Ils me fixaient en silence sans aucune surprise, les visages rougis par la température élevée qui régnait dans la pièce. Deux chiens frétillant de la queue s’approchèrent nonchalamment de moi et reniflèrent le bas de mon pantalon. Un gros chat noir dormait dans une cagette près du fourneau. Une alléchante odeur de soupe flottait dans l’air. Le comité d’accueil était en place.

J’hésitai de nouveau, peur de faire une gaffe. Lequel était Émile Bonnefoy ?


Dans la peau d'Emile

Dans la peau d'Emile
Récit d'une vie en Forez


1 – Prologue

Au moment de pousser le portillon de la cour, je me demandai soudain ce que je faisais là.
J’étais passé devant sa ferme depuis des années sans m’arrêter. Aujourd’hui, par un vilain temps brouillasseux de novembre, je décidai, pour je ne sais quelle raison, de revoir ce très ancien camarade de classe. Était-il toujours là ?


Année 2013


Pour accéder au bâtiment on devait traverser une cour parsemée de plaques d’herbe humide, de flaques boueuses et de gravier. Quelques poules au cou bizarrement nu et un superbe coq y picoraient.
Maison d’un étage en bon état malgré un crépi grisâtre et fendillé, façade classique, des fenêtres de part et d’autre de deux portes. Plusieurs granges sur la droite, toutes verrouillées, sauf une dont les portes grandes ouvertes laissaient voir une petite voiture blanche. Je pataugeai dans la gadoue, hésitai un instant devant une porte vitrée, frappai le moins fort possible, attendis ce qui me sembla une éternité, la bruine dégoulinant de mon chapeau. Comme personne ne se manifestait, je poussai le vantail et pénétrai dans un couloir sombre et glacial. Guidé par des voix, je découvris trois hommes assis autour d’une table. Un gros, costaud, trônait au milieu des deux autres plus fluets, l’un deux était coiffé d’une casquette.
Ils me fixaient en silence sans aucune surprise, les visages rougis par la température élevée qui régnait dans la pièce. Deux chiens frétillant de la queue s’approchèrent nonchalamment de moi et reniflèrent le bas de mon pantalon. Un gros chat noir dormait dans une cagette près du fourneau. Une alléchante odeur de soupe flottait dans l’air. Le comité d’accueil était en place.
J’hésitai de nouveau, peur de faire une gaffe. Lequel était Émile Bonnefoy ?


Nouvelles citadines

Nouvelles citadines


Si vous n’aimez pas la mer, si vous n’aimez pas la montagne, si vous n’aimez pas la ville… Allez-vous faire foutre !

Jean-Luc Godard – À bout de souffle – 1960


Année 2015

Ce dimanche de janvier, fin de matinée grise et froide, de saison. J’allais Dieu seul sait pourquoi – si, si vous allez voir pourquoi Il sait –, acheter mon pain à la boulangerie sise face à l’église paroissiale.

La messe venait de se terminer et de nombreux fidèles bavardaient entre eux sur le parvis, pendant que les cloches sonnaient. Tout en garant mon vieux scooter à quelques mètres du bourdonnement post messe, j’entendis que l’on débattait de la qualité du sermon dominical, genre, « le baratin du nouveau père est sensas… » : Un peu commun comme formulation mais dans cette banlieue chic, on n’a pas la langue dans sa poche.

Les plus chanceux des paroissiens, les élus oserais-je dire, avaient même un accès direct à Dieu en discutant le coup avec le nouveau père qui, à bien regarder n’avait pas l’air si nouveau que ça. Un nombre encore plus grand, d’entre eux, non rassasiés par l’hostie constituait une queue d’une vingt trentaine de personnes devant la fameuse boulangerie, pour tout simplement, comme le plus commun des mortels, acheter du pain. Et peut-être pour les plus gourmands – même si c’est un péché –, les gâteaux dominicaux.

Malgré ma double répugnance à faire la queue et à me mêler à cette population calotine, je m’installai dans la longue file d’attente car nombreux étaient les fidèles de la boulangerie, fort réputée au demeurant. La boulangerie naturellement. Réputée !

Et là commence l’histoire. Une bonne sœur, bonne soi-disant, faisait la manche, pardon quêtait pour de bonnes causes et œuvres. En sandales, pieds nus par un froid de canard.

Une sébile, que l’on pourrait qualifier en l’occurrence, de tronc portatif, dans chaque main, elle faisait feu de tout bois auprès du public captif de la queue et de toute manière acquis à sa bonne cause. Car je le rappelle, issu sauf moi, de la récente messe. Vêtue de son habit gris souris de bonne sœur, elle était en terrain conquis et secouait ses troncs comme des maracas. Son et cadence d’une musique sud américaine.

« Pour les lépreux », clamait-elle, comme motif de son arnaque de la main gauche. « Pour le Sacré Cœur de Jésus », pour son arnaque de la main droite. Alternativement et en secouant les bidules sur un rythme endiablé. Endiablée, la bonne sœur !

Ça donnait sec. J’ai même vu quelques billets se glisser dans la tirelire de la sœur. Tout le monde donnait. Pensez, une sœur plus deux bonnes causes et en plus, juste à la sortie de la messe où on avait pris de bonnes résolutions. On était comme sous l’œil de Dieu ou au moins sous celui du curé qui surveillait, bonhomme, la razzia de sa consœur.

Bien entendu au nom de l’anticléricalisme familial d’abord porté par mon grand-père dans les années trente puis par mon père dans les années soixante, j’ai refusé, en le faisant savoir « à la ville et au monde » pour parler français et à voix suffisamment haute pour que toute la queue entende bien ma colère. Du genre : « Je ne donne jamais aux quêtes dans la rue, c’est une honte de demander de l’argent. » « L’église est assez riche comme ça… » Ai-je ajouté… mais je n’en suis pas sûr.

Ce que je peux vous garantir par contre, c’est que, dans les circonstances ci-dessus détaillées – post messe, curé présent et attentif, bonnes causes, lépreux & cœur de jésus, sœur quêteuse –, mon intervention a été remarquée. Le Monsieur niché dans le loden placé juste devant moi s’est révulsé d’indignation – sa tête grise est rentrée dans ses épaules comme pour résister au sacrilège –, mais sans rien dire tout de même. On ne parle pas aux communistes dans ces milieux-là.

Devant la stupeur de la sœur, un frémissement de réprobation a néanmoins commencé à secouer la queue. La queue entière. Qui avançait à tout petits pas, se déployant comme une ola rythmée par le bruit des secousses endiablées des sébiles de la sœur qui continuait machinalement à quêter.

Se sentant un peu chez elle – à moins de cinquante mètres d’une église – et soutenue par une majorité certes silencieuse, notre bonne sœur a cru bon de préciser qu’elle avait, elle-même soigné des lépreux en Afrique. Noble tâche. Par contre elle n’a rien dit sur le cœur de Jésus pensant qu’on était au courant.

« Un lépreux » expliquait-elle au public soudain attentif et qui continuait à avancer à petits pas, par intermittence.

« Un lépreux, ça a des plaies affreuses. Aux mains par exemple, il manque des doigts. » Stupéfaction de la queue.

Elle poursuivit doigts-en-moins : « Et moi, sœur soignante, tous les jours que Dieu fait, dans mon apostolat africain, je leur tricotais des moufles de deux ou trois doigts, faisais les pansements. Tous les jours que Dieu fait, sur des mains atrophiées. »

« Mains atrophiées. » Frémissement de la queue.

Elle insiste, impitoyable, drelin, drelin font les sébiles : « Mais la lèpre rend les corps insensibles à la douleur… »

Regards implorants, suppliant de ne plus dispenser ses horreurs. Il y a tout de même des limites.

« Insensibles, les mains » : elle précise.

« Des rats, oui des gros, venaient chaque nuit. »

Pitié faisait-on comprendre dans la foule. En baissant la tête.

« Oui, ils venaient grignoter les mains ou ce qui en restait et les lépreux tout insensibles ne sentaient rien et continuaient de dormir. »

A ces mots les paroissiens se sont retournés vers moi, leurs yeux me menaçant : comme si c’était à cause de moi qu’ils devaient supporter un tel discours, comme si j’étais responsable des horreurs proférées par cette mauvaise bonne sœur, comme si j’étais coupable du boulottage des lépreux par les gaspards.

« Merde alors », me dis-je intérieurement.

Mais la sœur n’en avait cure si j’ose dire.

« Et bien il fallait tout recommencer, les pansements, le lendemain, même sur les moignons, tout à refaire. » Disait-elle en agitant ses sébiles : cœur de jésus à droite et lépreux à gauche. C’était marqué dessus. On pouvait pas se tromper.

Mais elle me surveillait du coin de l’œil. J’étais le réfractaire. Le discours était pour moi. Elle voulait me convaincre. Au moins avoir mon pognon.

Sous son regard appuyé, encouragé de plus par ceux des paroissiens je me suis senti obligé de répondre. De dire quelque chose d’intelligent. Hélas. Très fort, le mec, j’ai répondu :

« Ma sœur, heureusement que Dieu ne vous a pas donné trois mains ou plus car vous auriez sûrement trouvé d’autres misères à défendre et je vous vois bien agiter une demi-douzaine de sébiles comme un… comme un… » Je coinçais d’autant que les regards se faisaient plus pressants encore.

J’ai pensé à mon père et à mon grand-père. J’ai foncé. Pour eux. Décédés tous les deux. Je leur devais bien ça.

« Comme un poulpe enragé… » et là j’ai compris que j’avais dit une grosse connerie, excessive en ce lieu d’harmonie. Les sébiles ont cessé de sonner. J’ai rougi, baissé les yeux, lâchement. À deux doigts de m’excuser, alors que mon voisin me tapait gentiment sur l’épaule, me disait d’une voix onctueuse : « voulez-vous bien avancer, monsieur, s’il vous plaît, c’est votre tour ? »

Sans moufter, j’ai fait un pas, franchi le seuil de la boulangerie.

« Une baguette pas trop cuite, madame, s’il vous plaît. »

Amen.

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Gare Montparnasse dans le grand Hall. Milieu de l’après-midi. J’attends l’affichage de mon train. Observe la foule autour de moi. Aperçois un homme vaguement de dos, légèrement courbé, penché vers l’avant, près d’un mur. Insolite ! Il m’intrigue. Je m’approche mais pas trop. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai peur de l’affoler. De toute façon, il a l’air indifférent à son environnement. Je l’observe plus attentivement. M’approche maintenant à moins de deux mètres de lui. Le hall est bondé et bruyant, il ne me remarque pas.

Il mange. Ses mâchoires bougent régulièrement, Il vient de poser un genou à terre, toujours face au mur. À un mètre peut-être du mur. Assez près pour que personne ne puisse se mettre entre lui et le mur. Il mastique dans la posture d’un animal. Je pense tout de suite à une bête.

Comme un chien qui cache sa nourriture pour ne pas la partager, ou se la faire voler. Je l’observe plus attentivement en ajustant ma position par rapport à lui. Dans ce all bondé et bruyant, je ne vois que lui.

Il engloutit d’énormes bouchées de quelque chose à moitié caché à l’intérieur d’un sac en papier Du pain ou un sandwich tenu dans la main gauche. Il tient aussi une pêche dans la main droite. Intacte ! À ce moment j’aurais été incapable de décrire ses vêtements tellement il n’était qu’une tête fascinante et goulue posée sur un corps que je n’avais même pas regardé.

En me rapprochant, je constate qu’il vient de changer de cadence. Au lieu de plonger toujours à gauche dans le sac. Il alterne maintenant gauche puis droite. Un coup de gueule à gauche dans le pain puis un coup de gueule à droite dans la pêche. Comme un chien qui dévore. La pêche suinte et dégouline.

Je distingue maintenant nettement sa glotte qui fait le yoyo, ses yeux écarquillés qui roulent comme s’ils étaient calés sur les coups de dents. À gauche, à droite. À gauche, à droite. Il surveille autour de lui comme un hypothétique ennemi, qui viendrait lui voler sa nourriture. Une bête !

L’homme m’intéresse. Mon regard se porte plus bas. Il est maigre, squelettique même. Presque chauve, il est vêtu d’un jeans troué et d’une veste en daim marron. Un mot me vient à l’esprit. Prière ! On dirait qu’il prie un son genou à terre, comme une prière sauvage. À un dieu goulu.

Puis, la pêche, noyau compris, disparait. La dernière bouchée avalée, il se redresse d’un seul mouvement brusque, d’une poussée sur sa jambe en appui, sans effort apparent.

Tout en se dépliant il a sorti de sa poche une banane qu’il s’est mise à engloutir. Un, deux, trois coups de dents. Un, deux, trois, chaque tiers de banane a disparu en une seconde. Il est allé si vite que ne l’ai même pas vu retirer la peau que j’ai pourtant vue tomber dans un sac en plastique posé à ses pieds.

Plus étonnant, sa glotte continue comme par habitude de monter et descendre. Il continue d’avaler, de déglutir sans aucune nourriture dans la bouche. Bouche fermée, mâchoires à l’arrêt. Glotte yoyo. Il rumine.

Puis il se retourne et toujours dans le même mouvement presque dans le même temps, ramasse son sac. Ses yeux sont fixes maintenant, son visage fermé est totalement immobile. Il est face à moi, à moins de deux mètres. forcément il me regarde. Il ne peut que me regarder.

Il se met brusquement en marche dans ma direction. Mécaniquement comme un automate. Il va me parler. Me demander pourquoi je l’examine ainsi. Alors que je devrais regarder ailleurs, je suis incapable de détacher mes yeux de son visage.

Il passe à dix centimètres de moi, il me frôle sans me regarder, sans me voir, le regard fixé sur l’horizon. Je sens son odeur forte, mélange de sueur, de bière et de nourriture avariée.

Marchant vite, de plus en plus vite, sans dévier de sa trajectoire rectiligne, il ne heurte personne, comme si la foule s’écartait et se refermait instantanément. Il disparaît de ma vue en quelques secondes.

Il a disparu. Il y avait quelque chose de terriblement attachant, de primaire dans son allure. Des années plus tard je ne l’ai pas oublié.

C’était à la gare Montparnasse en juillet 2002 alors que j’attendais mon train pour partir en vacances.

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Noir Désir dans les écouteurs, dans les oreilles, dans la tête. À fond. Pas montrable aux « Deux Magots. » Noir dedans, blanc dehors. Chaud et froid. « One Trip, One Noise », pas une seule personne présente dans cette salle de bistrot n’a entendu et encore moins écouté cette chanson pleine de noir et pleine de désir.

C’est la raison pour laquelle je viens encore et souvent dans ce café à chier. Cette musique a encore plus de force dynamite dans ce lieu. Si on ouvrait les vannes, les deux vieux magots, – magot veut Dieu, pourquoi pas – exploseraient sur leur haute étagère !

« Soyons désinvoltes » maintenant, voix limites décrochage, riffs déments à la Richards, le Keith n’est pas loin. Sommes-nous tous de la même espèce ? On peut se poser la question.

À la table voisine, enveloppée de l’odeur lourde et écœurante du fromage fondu, une japonaise vient de photographier son croque-monsieur. Photo numérique qui va finir sur ce qui sert de cheminée dans les homes japonais.

Les autres dingues tapent dur pendant le flash. S’en foutent c’est certain. S’en branlent du magot même par paire. Et toujours tout autour des japs qui photographient leur assiette. Dément !

« Show off » m’avait dit l’autre folle en parlant des « Deux Magots. » Elle n’avait donc pas toujours tort. Mais souvent tort. Il y avait également dans un coin de la salle, des blondes en représentation permanente. Et permanentées elles-mêmes. Portées par des tonnes de produits de beauté et des années de lifting. Du lourd, du cher. Impitoyables, les brides du soutien-gorge marquent la chaire molle sous le jersey ou le cachemire. Le mohair pauvre con en direct sur la peau. C’est excitant ! Cela me fait penser à ce cher M. V. Montalban qui tapait dur sur Madame Puig dans Le Prix : « elle penchait sa tête hyper coiffée et son décolleté ravagé par l’age et les conséquences du trou dans la couche d’ozone. » Impeccable Montalban, rien à redire ou à ajouter. Juste saluer, citer à l’occasion. Faire savoir. Beaucoup de Madame Puig autour de moi.

Parfois la race ou le croisement entre cousins cousines frères et sœurs produit des créatures femelles aux grandes mains d’hommes. Très soignées les mains. Mais font peur. Il y a ainsi plus de place pour les bagouzes qui peuvent par conséquent être plus grosses et plus nombreuses tout en restant en harmonie avec les grandes mains. C’est le cas ici au Deux Mag.

Elles étaient trois blondes. Platine. Jacassant.

« Ma chérie ! »

La quatrième vient d’arriver en force. Porte tournante. Se dandinant sur ses super hauts talons dorés. Mêmes fringues, même coiffeur, même église le dimanche sûrement, même amant peut-être. Joue tendue de mauvaise grâce. Baisers frôlés. Cou tordu. Tête en biais. Faut pas déranger le make up. Deux plombes pour se tartiner. Je les vois ouvrir la bouche, la refermer sans bruit, je n’entends que le noir désir. Les autres s’agitent, font voler leurs grandes mains de trav, comme des espèces de corbeaux blancs. Je suis au fond de la mer au milieu des poissons qui gobent le vide.

Tous ces gens bien sapés, bien friqués qui entrent dans ce café, l’air douloureux derrière leurs lunettes de soleil en plein janvier pluvieux me font rigoler.

Fin du CD.

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Oh God

Oh God !
Sur les traces du tombeau du Christ


Chaque dimanche soir, à Belleville, Pascal met les petits plats dans les grands, pour un cercle d’amis habitués à polémiquer sur les sujets les plus divers et à « refaire le monde ».
La découverte par l’un d’eux d’une médaille ancienne, datant du concile de Trente plus de cinq siècles auparavant, va les amener à s’intéresser aux religions et à leurs origines.
Afin de vérifier une thèse iconoclaste sur l’emplacement du tombeau de Jésus, Marco, le plus sceptique d’entre eux et bien qu’involontairement impliqué dans un crime, est désigné pour aller enquêter en Israël sur les manuscrits de la mer Morte. Il est accompagné d’un Falasha ex-balayeur à Paris et d’une juive lettrée. Leur périple les mènera de Jérusalem à Qumran en passant par Césarée, dans une aventure aussi extraordinaire que dangereuse.
Cette quête historique autant que mystique révèlera tout au long du récit les mystères de religions pourtant bien établies tout en explorant les plus insolites, sur les traces de la dernière demeure terrestre de Jésus.
Insolent !


Sur une idée impertinente et novatrice de François Boyer
et avec la collaboration érudite de René Pariente

Année 2016
Editeur Mon Village

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Elle retira du petit sac une médaille ronde d’une couleur vert-de-gris, de quelques centimètres, la tendit à Marco. Chaque face présentait une tête, sans doute des notables de l’époque, des inscriptions en latin étaient gravées sur le pourtour(…)
« Ecclesia perversa tenet faciem diaboli », lut Robert. Devant leur air étonné, il
ajouta en retournant la médaille : « Sapientes stulti aliquando ». Il traduisit : « L’Église perverse a le visage du diable » et « les sages sont quelquefois des
imbéciles »(…)
Pascal lui tendit la médaille et lui demanda de la faire tourner de cent quatre-vingts degrés sur son axe et d’examiner les deux faces.
Il s’aperçut alors que, sur l’avers, un pape coiffé d’un chapeau à strates se transformait en diable avec une espèce de col roulé et que, sur le revers, ce qu’il pensait être un cardinal à chapeau plat se transformait en bouffon.


Les Filles d'Arianne

Les filles d'Arianne


Une fusée Ariane, des jumelles, un X dans la botte, un catleya vous conduiront de Kourou à Moscou et au Parc de Sceaux dans un récit haletant où le thriller croise l’amour dans un suspens facétieux.


Date de sortie Juin 2020
Editeur Mon Village
Avec Bruno Ceccarelli

Acheter sur mon village.frAcheter sur lalibrairie.com

La fillette reprenait lentement conscience.
Elle frissonnait, la nausée lui soulevait le cœur. Tout était silencieux. Gardant les yeux fermés, elle commença à explorer son environnement.
Elle était allongée sur une couverture rêche. Un filet de bave suintait de sa bouche, coulait sur son menton et mouillait l’oreiller.
Elle tendit le bras, sa main frôla une peau douce qu’elle espérait être celle de sa sœur. « Justine, c’est toi », murmura-t-elle.
Pas de réponse.
Elle ouvrit les yeux, elle était dans le noir absolu. Son cœur s’emballa, la nausée s’intensifia, une montée de bile lui envahit la bouche.
Elle répéta « Justine, c’est toi ? »
Silence total.
« Où est-ce que je suis ? »
Elle se concentra, « l’école » et là tout lui revint… le film se déroula.
« Nous avions eu une bonne note en calcul. J’avais hâte de le dire à maman. Je marchais avec ma sœur sur le trottoir, notre cartable sur le dos. Une dame tenant un petit chien en laisse venait face à nous. Au moment de nous croiser, le petit chien s’échappa. La dame commença à le poursuivre, titubant sur ses hauts talons.
« Aidez-moi à le rattraper », demanda-t-elle.
Nous nous lançâmes en riant à la poursuite de l’animal qui venait de disparaître dans le square voisin, traînant sa laisse derrière lui. À un virage du sentier gravillonné, deux hommes se sont jetés sur nous, nous immobilisant en nous pressant un mouchoir sur le nez. Le néant puis ce réveil dans cette pièce sombre. ».
Pourtant leurs parents, leur maîtresse leur avaient dit de ne jamais suivre un inconnu.
Elle se mit en boule, se mit à pleurer doucement et finit par s’endormir. Une main posée sur son épaule la réveilla. Un filet de lumière éclairait la pièce. Sa sœur allongée à côté d’elle clignait des yeux.
Elle reconnut la dame au petit chien qui les avait accostées. Elle leur proposa à boire, à manger. Aucune ne répondit. Alice demanda qu’elles puissent rentrer à la maison. Face au silence de la dame qui leur tournait le dos, sortait de la pièce et verrouillait la porte, Alice se colla contre sa sœur, la serra dans ses bras.
Elles se mirent à pleurer.


Les Filles d'Arianne

Les filles d'Arianne


Une fusée Ariane, des jumelles, un X dans la botte, un catleya vous conduiront de Kourou à Moscou et au Parc de Sceaux dans un récit haletant où le thriller croise l’amour dans un suspens facétieux.


Date de sortie Juin 2020
Editeur Mon Village
Avec Bruno Ceccarelli

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La fillette reprenait lentement conscience.
Elle frissonnait, la nausée lui soulevait le cœur. Tout était silencieux. Gardant les yeux fermés, elle commença à explorer son environnement.
Elle était allongée sur une couverture rêche. Un filet de bave suintait de sa bouche, coulait sur son menton et mouillait l’oreiller.
Elle tendit le bras, sa main frôla une peau douce qu’elle espérait être celle de sa sœur. « Justine, c’est toi », murmura-t-elle.
Pas de réponse.
Elle ouvrit les yeux, elle était dans le noir absolu. Son cœur s’emballa, la nausée s’intensifia, une montée de bile lui envahit la bouche.
Elle répéta « Justine, c’est toi ? »
Silence total.
« Où est-ce que je suis ? »
Elle se concentra, « l’école » et là tout lui revint… le film se déroula.
« Nous avions eu une bonne note en calcul. J’avais hâte de le dire à maman. Je marchais avec ma sœur sur le trottoir, notre cartable sur le dos. Une dame tenant un petit chien en laisse venait face à nous. Au moment de nous croiser, le petit chien s’échappa. La dame commença à le poursuivre, titubant sur ses hauts talons.
« Aidez-moi à le rattraper », demanda-t-elle.
Nous nous lançâmes en riant à la poursuite de l’animal qui venait de disparaître dans le square voisin, traînant sa laisse derrière lui. À un virage du sentier gravillonné, deux hommes se sont jetés sur nous, nous immobilisant en nous pressant un mouchoir sur le nez. Le néant puis ce réveil dans cette pièce sombre. ».
Pourtant leurs parents, leur maîtresse leur avaient dit de ne jamais suivre un inconnu.
Elle se mit en boule, se mit à pleurer doucement et finit par s’endormir. Une main posée sur son épaule la réveilla. Un filet de lumière éclairait la pièce. Sa sœur allongée à côté d’elle clignait des yeux.
Elle reconnut la dame au petit chien qui les avait accostées. Elle leur proposa à boire, à manger. Aucune ne répondit. Alice demanda qu’elles puissent rentrer à la maison. Face au silence de la dame qui leur tournait le dos, sortait de la pièce et verrouillait la porte, Alice se colla contre sa sœur, la serra dans ses bras.
Elles se mirent à pleurer.


Inhibition

Inhibition


Marco détective has-been rencontre de manière insolite une belle américaine, Simone qui assume ses rondeurs et porte élégamment son quintal.
Fasciné par cette plantureuse créature, déterminé à résoudre sa phobie des grosses femmes, il va la suivre dans sa tournée des grands ducs. Il devra faire des entorses à ses propres principes et supporter le despotisme de ce requin des affaires.
Simone, bien décidée à vérifier les talents du « latin lover », va l’entraîner dans une aventure voluptueuse et extravagante. Depuis leur rencontre dans une cabine téléphonique, jusqu’à l’accueil dans la chambre d’hôtel en peignoir multicolore, « manière ara en rut », il va subir l’autorité de cette étrange créature.
Réussira-t-il à réaliser son fantasme de la « femme aux gros seins » et à sortir indemne de cette liaison


Année 2014
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Simone Kilduff est Américaine, pèse cent-vingt kilos répartis du mieux possible sur un mètre soixante dix-huit. En cette fin de matinée du début du mois de juillet, elle était en colère.
Onze heures : le vol Air France, New York – Paris décollait avec trois heures de retard de Kennedy Airport ce qui indisposait considérablement Simone. Un pseudo putain de terroriste chaussé de semelles doublées de plastic, pensait-elle, sans vraiment y croire. Elle n’essayait même pas de connaître la cause réelle de l’incident. Elle s’en moquait, c’était déjà du passé et le passé ne l’intéressait pas.
Tous les longs voyages lui étaient un véritable supplice. Les avions, même en première classe, n’étaient pas prévus pour les personnes qui pesaient plus d’un quintal.
Elle était donc d’humeur chagrine, pourtant ces voyages à Paris étaient des moments particulièrement agréables. C’était la seule ville en dehors de New York où elle se sentait bien, elle se sentait presque chez elle. Ce bien-être parisien l’étonnait toujours car elle n’était d’accord en rien avec les Français, surtout en politique. De plus, si elle comprenait presque parfaitement la langue, elle ne la parlait qu’avec difficulté et surtout avec réticence.
En outre elle n’appréciait pas particulièrement la cuisine française, prétentieuse, compliquée. Ni les bistrots parisiens, bruyants où on était mal assis et qui n’étaient même pas climatisés. Elle n’aimait pas d’avantage leur vin rouge made in Bordeaux au goût amer qui lui donnait la migraine.
Malgré tout ça, paradoxalement, Paris lui plaisait. La ville était belle, au moins dans les quartiers qu’elle fréquentait et elle appréciait les relations personnelles qu’elle tissait avec les gens, surtout les hommes.
Après Paris ce sera Milan, puis Varsovie, puis Londres et encore Paris avant le retour à New York. Au total, un voyage de presque trois semaines. Mais d’abord Paris.